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Les scènettes crochetées de "tante Claire"

Elle s'appelle Claire Thibeault. Elle a plus de 80 bougies à souffler sur son gâteau d'anniversaire, qui lui sera servi par sa nièce Lili qui vit avec elle et prend soin d'elle depuis des années. Si vous mangez chez nous, Chez Truchon, surtout à l'heure du brunch, vous avez des bonnes chances vous aussi d'être servis par Lili. Demandez-lui des nouvelles de sa tante Claire. Ce n'est pas une dame comme les autres; elle était une des petites mains dans l'atelier du grand maître Georges Édouard Tremblay, ici même à Pointe-au-Pic.


Elle, et d'autres aussi, s'activaient, assises toute la journée sur une simple petite chaise de bois carrée. Devant elle, sur un chevalet, se trouvait un grand tableau: une toile paysagiste, parfois animée d'une carriole, signée par M. Tremblay... Une toile dont elle devait transmettre la touche, transposer la luminosité, tout ça avec un large fil de laine qu'on crochetait sur une toile de jute tendue. Au bas, on y signait trois lettres: G.E.T., les initiales du grand artiste duquel les riches villégiateurs s'arrachaient les tapis crochetés aux scènes folkloriques d'ici.


Si ce temps est loin derrière et que la mémoire s'efface doucement, les mains, elles, ont toujours gardées la mémoires du geste. Avec le temps, Claire a appris à signer son propre nom au bas de ses oeuvres, qui ont délaissées les couleurs terres et neutres de l'atelier de Georges Édouard Tremblay pour celles vives et éclatantes qui lui faisaient envie. Naïvement parfois, elle s'est mise à composer d'elle-même de petites scènes évoquant cette région qui l'a vue naître. Parfois les 4 saisons défilent sur un seul tapis, parfois la cabane de bois rond se met à l'ère du temps avec un kayakiste pagayant au devant, parfois les fruits et les fleurs envahissent, avec leurs couleurs primaires, tout le carré de jute.





Attention, n'allez pas vous essuyer les pieds sur les tapis de "tante Claire"! Ils n'ont de tapis que le nom. Ce sont de précieuses tapisseries d'art populaire, d'un savoir-faire propre à Charlevoix ou presque. On les place fièrement encadrés ou épinglés au mur, comme un souvenir vif d'un savoir qui se perd. Qui se perd très vite même alors que Claire a cessé de crocheter cette année... Ces joyeuses scènettes, qu'elle expose encore chez nous comme un témoignage de tout l'amour qui s'est installé durant toutes ces années à faire affaires ensemble, sont-elles les dernières de toute une époque?




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